Guinée-Bissau : le PER condamne l'expulsion des médias

Les membres de la Plateforme des organismes de régulation des médias des pays et territoires lusophones (PER) suivent avec une vive inquiétude l'expulsion de Lusa, RTP et RDP de Guinée-Bissau et appellent à un renversement de situation. Pour les organismes de régulation lusophones, cette décision d'expulsion représente une grave menace pour la liberté de la presse, le pluralisme de l'information et le droit du public à l'information.

Guinée-Bissau : le PER condamne l'expulsion des médias


Prenant fermement position contre l'expulsion des médias portugais de Guinée-Bissau, la Plateforme des entités de régulation de la communication sociale dans les pays et territoires lusophones (POUR) a publié aujourd’hui une déclaration commune contre les actions du gouvernement guinéen, qu’il considère comme contraires au fonctionnement d’un État de droit.

Le document, signé par les organismes de régulation du Cap-Vert, du Timor-Leste, de la Guinée-Bissau, de São Tomé et Príncipe et du Portugal, déclare que l'expulsion des délégations de RTP África, RDP África et Agência Lusa constitue une « contrainte sérieuse à l'exercice de la liberté de la presse et du pluralisme de l'information ».

Les bureaux de médias ayant une longue histoire dans le monde lusophone ont été contraints de fermer, empêchant les journalistes de poursuivre leur travail et privant le public guinéen de sources d'information alternatives. La décision du gouvernement guinéen, prise le 15 août, a surpris tout le monde et alarmé la communauté internationale.


L'annonce du PER


La déclaration du PER, publiée aujourd'hui, 29 août 2025, est claire et sans équivoque. Les signataires y expriment leur « profonde préoccupation » face à la fermeture et à l'expulsion des bureaux de RTP África, RDP África et Lusa en Guinée-Bissau. Pour les régulateurs, ces événements représentent un recul inquiétant pour la protection de la liberté d'expression et de la liberté de la presse.

Le document souligne que le pluralisme des médias repose sur l'existence d'une presse libre et autonome, libre de toute ingérence politique. La diversité des points de vue et la représentation des diverses sensibilités politiques, sociales et culturelles d'une communauté ne sont possibles que si tous les médias ont la possibilité de diffuser leurs informations sans crainte de représailles.

Plus que condamner, la Plateforme a lancé un appel direct aux gouvernements du Portugal et de la Guinée-Bissau, leur demandant de « tout mettre en œuvre » pour rétablir les conditions nécessaires au retour immédiat des délégations expulsées. Le texte réaffirme également la volonté de la Plateforme de participer activement à une solution négociée, témoignant ainsi de sa volonté d'engager un dialogue constructif.

La déclaration a été signée par l'Autorité de régulation de la communication sociale du Cap-Vert, le Conseil de presse du Timor-Leste, le Conseil national de la communication sociale de la Guinée-Bissau, le Conseil supérieur de la presse de São Tomé-et-Principe et l'Autorité de régulation de la communication sociale du Portugal.

L'expulsion


La décision de la Guinée-Bissau, annoncée le 15 août sans préavis, ordonnait la fermeture immédiate des émissions et des activités journalistiques de RTP África, RDP África et Agência Lusa. Les journalistes ont été surpris par des ordres d'expulsion et leurs rédactions respectives ont été fermées.

À ce jour, les raisons officielles n'ont pas été expliquées en détail, et le président guinéen Umaro Sissoco Embaló a même refusé de commenter. Le gouvernement guinéen a justifié cette mesure par la nécessité de « protéger la souveraineté » et d'éviter toute « ingérence extérieure », mais les analystes politiques soulignent que cette décision est liée à la couverture critique de sujets politiques et sociaux sensibles.

La Guinée-Bissau a connu des décennies d'instabilité, marquées par des coups d'État successifs, des dissolutions parlementaires et des crises gouvernementales. Dans ce contexte, la presse indépendante joue un rôle crucial de contrôle du pouvoir. En expulsant les correspondants internationaux, l'exécutif limite le contrôle national et affaiblit l'image du pays à l'étranger.


La liberté de la presse en danger


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Image : ©DR

La liberté de la presse est un pilier fondamental de la démocratie. Dans les pays lusophones, sa protection demeure un défi constant, oscillant entre avancées significatives et revers inquiétants. L'expulsion des médias du pays, outre les conséquences directes pour les journalistes, affecte les citoyens guinéens, privés d'informations plurielles et de perspectives indépendantes.

En limitant les voix critiques, le gouvernement guinéen ferme la porte à la transparence et au débat démocratique. C'est pourquoi le PER considère cette mesure comme une « contrainte sérieuse », car elle porte atteinte au travail journalistique et au droit fondamental de la société au libre accès à l'information.

La déclaration du PER a eu un impact considérable. Le Portugal a été le premier pays à réagir, considérant la décision guinéenne comme une atteinte directe aux relations bilatérales et à l'esprit de coopération au sein du monde lusophone. Le ministère portugais des Affaires étrangères a réitéré son appel au dialogue et au rétablissement des conditions de travail des organisations expulsées.

Le Cap-Vert et Sao Tomé-et-Principe ont exprimé leur solidarité et souligné l'importance de préserver un environnement médiatique libre, condition indispensable au développement démocratique. Le Timor-Leste a, pour sa part, proposé de mener une médiation pour rétablir la normalité.

Au niveau international, des organisations telles que Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes ont condamné cette mesure, rappelant que la liberté de la presse est un droit inscrit dans les conventions internationales dont la Guinée-Bissau est signataire.

Dans le pays même, journalistes et associations de la société civile ont dénoncé cette mesure, la qualifiant de censure. Certains secteurs politiques proches du gouvernement l'ont défendue au nom de la « souveraineté nationale », mais la communauté internationale y voit un signe d'isolement politique et de fragilité démocratique.


Perspectives d'avenir


Les conséquences de cette crise pourraient être profondes et durables. À court terme, la Guinée-Bissau perdrait sa crédibilité internationale et risquerait de voir sa coopération avec ses partenaires stratégiques se réduire. L'absence d'une presse diversifiée pourrait également dissuader les investisseurs et fragiliser les secteurs économiques dépendants de la confiance extérieure, comme le tourisme.

À moyen terme, le pays pourrait être confronté à une pression diplomatique accrue de la part de la CPLP et des organisations multilatérales. S'il ne recule pas, il risque de s'isoler de plus en plus au sein du monde lusophone, se limitant à des alliances ponctuelles avec des partenaires moins exigeants en matière de droits humains.

Cette situation soulève également des questions quant à l'efficacité de la CPLP en tant qu'espace de coopération politique et culturelle. Si les pays membres ne parviennent pas à garantir les conditions de base au fonctionnement de la presse, quelles garanties peuvent-ils offrir aux citoyens quant au respect des valeurs démocratiques ?

Cependant, cet épisode pourrait aussi servir de catalyseur de changement. L'unité démontrée par les régulateurs lusophones, à travers le PER, pourrait renforcer la demande de normes communes pour protéger la liberté de la presse dans toute la CPLP.

Si le gouvernement guinéen accepte le dialogue et autorise le retour des délégations, il pourrait faire preuve d'ouverture et regagner une partie de la confiance perdue. Dans le cas contraire, la crise pourrait marquer un tournant négatif dans les relations de la Guinée-Bissau avec les pays lusophones.


Conclusion


La déclaration du PER concernant l'expulsion de RTP África, RDP África et Agência Lusa de Guinée-Bissau est plus qu'un incident isolé : elle met à l'épreuve la liberté de la presse au sein de la communauté lusophone. En fin de compte, ce ne sont pas seulement les délégations de médias qui sont en jeu, mais le droit même des citoyens guinéens à être informés.

La position ferme des régulateurs témoigne d'une prise de conscience collective de la gravité de la situation. Cependant, la résolution dépendra de la capacité des gouvernements concernés à rétablir le dialogue et à garantir les conditions de travail des journalistes. Reste à savoir si la pression sera suffisante pour inverser la décision du gouvernement guinéen.

Dans un monde où « l'information, c'est le pouvoir », réduire les journalistes au silence affaiblit les citoyens. La lutte pour le retour de la RTP, de la RDP et de Lusa en Guinée-Bissau est, en définitive, une lutte pour la démocratie elle-même, car défendre la presse, c'est défendre la démocratie.

 


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Image: ©DR
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