La xénophobie en Afrique du Sud inquiète le Mozambique

Lorsque les Africains commencent à fuir à l'intérieur de l'Afrique, persécutés par d'autres Africains, la xénophobie cesse d'être un simple problème social et se transforme en une plaie continentale.

La xénophobie en Afrique du Sud inquiète le Mozambique


La xénophobie en Afrique du Sud a une fois de plus plongé des milliers d'Africains dans la peur, l'incertitude et l'exil. Mozambicains, Zimbabwéens, Nigérians, Ghanéens, Angolais et citoyens de diverses autres nationalités africaines sont à nouveau confrontés à des attaques, des menaces et des restrictions d'accès aux services essentiels dans un pays qui, pendant des décennies, a été perçu comme une destination porteuse d'espoir économique pour le continent.

Ces derniers jours, les tensions se sont exacerbées avec de nouvelles manifestations anti-immigration liées à la soi-disant « Opération Dudula », un mouvement qui prône l'expulsion des étrangers et qui a été identifié par les organisations de défense des droits humains comme l'un des visages les plus visibles de la vague actuelle d'hostilité envers les migrants.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des agressions, des attaques contre des entreprises et des actes d'intimidation à l'encontre de citoyens africains dans diverses provinces d'Afrique du Sud.

Au Mozambique, la Renamo a exigé une intervention urgente du gouvernement à Pretoria, tandis que des partis comme Podemos et le MDM ont critiqué ce qu'ils considèrent comme une réponse passive des autorités mozambicaines. Parallèlement, le Ghana a rappelé son ambassadeur en Afrique du Sud et l'Angola a conseillé à ses ressortissants résidant dans ce pays d'éviter tout voyage non essentiel.

Cette crise met en lumière une profonde contradiction : l’Afrique du Sud, symbole historique de la lutte contre l’apartheid et de la solidarité africaine, est une fois de plus accusée de transformer les Africains en ennemis sur leur propre continent.


La Nouvelle Vague


La vague de tensions actuelle a commencé à prendre de l'ampleur avec des manifestations contre l'immigration dans diverses zones urbaines sud-africaines, en particulier dans les zones économiquement fragiles où le chômage élevé et la pression sur les services publics alimentent le ressentiment social.

Plus tôt ce mois-ci, une marche contre les immigrés dans la province du Cap-Oriental s'est soldée par des attaques contre des commerces appartenant à des étrangers, exacerbant le climat d'instabilité et ravivant une vieille blessure au sein de la société sud-africaine. La soi-disant « Opération Dudula » se retrouve une fois de plus au cœur de la polémique.

Ce mouvement, dont le nom peut se traduire par « expulser » ou « forcer à partir », milite publiquement pour l'expulsion des immigrants considérés comme illégaux et soutient que la présence étrangère aggrave le chômage, la criminalité et la pression sur les hôpitaux publics.

Cependant, les organisations de défense des droits humains et les tribunaux sud-africains ont dénoncé les pratiques d'intimidation, les descentes de police, les persécutions et la surveillance informelle visant les migrants. Human Rights Watch rappelle que la Constitution sud-africaine garantit l'accès aux soins de santé et à l'éducation de base, y compris pour les réfugiés, les demandeurs d'asile et les travailleurs étrangers.

Néanmoins, des groupes de la société civile et des structures de pression parallèles bloquent l'accès aux cliniques et aux hôpitaux, une pratique désormais qualifiée de « xénophobie médicale ». La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a récemment condamné ces actes et averti que la persécution des citoyens africains sur le continent même fragilise les principes fondamentaux de l'intégration régionale.

La mobilisation annoncée pour le 4 mai a encore exacerbé les tensions diplomatiques entre Pretoria et plusieurs gouvernements voisins, tandis que les commerçants étrangers réduisent leur activité et que de nombreuses familles réorganisent leur quotidien sous le poids de l'incertitude.


Réaction du Mozambique


Le Mozambique suit cette crise avec une inquiétude particulière, car des milliers de ses citoyens vivent et travaillent en Afrique du Sud depuis des décennies. Nombre d'entre eux dépendent directement de l'économie sud-africaine, que ce soit par le biais du commerce transfrontalier, du travail informel ou d'emplois dans des secteurs tels que la construction, les transports, l'agriculture et l'exploitation minière.

Le parti Renamo a exhorté le gouvernement mozambicain à dialoguer d'urgence avec les autorités sud-africaines afin de mettre fin aux attaques et d'assurer une protection efficace aux Mozambicains résidant en Afrique du Sud. Il juge particulièrement grave que des citoyens en règle soient empêchés d'accéder aux services publics essentiels, notamment aux écoles et aux établissements de santé.

Podemos et MDM ont également critiqué l'absence de réaction ferme de l'exécutif. Le député Ivandro Massingue a déclaré que, lors d'épisodes précédents, l'État mozambicain avait rarement agi de manière préventive, se contentant de réagir lorsque la violence avait déjà éclaté.

Judite Macuacua, du parti MDM, a affirmé que les voies diplomatiques demeuraient essentielles et qu'un contact direct entre Maputo et Pretoria pourrait prévenir une nouvelle escalade. Les compagnies de transport international assurant la liaison entre Maputo et Durban ont déjà signalé le retour de citoyens mozambicains dans leur pays, un phénomène déjà observé lors des précédentes vagues de xénophobie.

Pour de nombreuses familles, ce retour forcé représente une perte de revenus immédiate, car une part importante de leur budget dépend des envois de fonds de leurs proches émigrés. La dimension symbolique rend la situation encore plus délicate. Durant l'apartheid, le Mozambique a accueilli et protégé de nombreux Sud-Africains persécutés par le régime ségrégationniste.

De nombreux Mozambicains ont perdu la vie lors de cet acte historique de solidarité africaine. Aujourd'hui, voir des citoyens mozambicains traités comme une menace sur ce même territoire soulève une question douloureuse concernant la mémoire politique et la réciprocité continentale.


Vieille blessure


La xénophobie en Afrique du Sud n'est pas un phénomène nouveau. Elle réapparaît cycliquement depuis la fin de l'apartheid, presque toujours associée à des périodes de crise économique, de chômage élevé et de frustration sociale. Les étrangers deviennent la cible la plus visible de problèmes qui, en réalité, plongent leurs racines dans les inégalités structurelles et la fragilité de la réponse de l'État.

En 2008, une vague de violence xénophobe parmi les plus virulentes a fait des dizaines de morts et des milliers de déplacés, principalement au sein des communautés originaires du Zimbabwe, du Mozambique et de Somalie. En 2015 et 2019, de nouvelles flambées de violence ont reproduit le même schéma : pillages, agressions, incendies criminels de commerces et meurtres, révélant une fois de plus la fragilité du vivre-ensemble.

D'après les données citées par des plateformes de surveillance telles que Xenowatch, des centaines de personnes ont perdu la vie ces vingt dernières années dans des attaques xénophobes. En 2019, au moins 18 étrangers ont péri dans de violents affrontements, provoquant de vives critiques internationales à l'encontre de Pretoria et accentuant la pression sur le gouvernement sud-africain.

La contradiction est d'autant plus flagrante que l'Afrique du Sud a été, pendant des décennies, un symbole mondial de la lutte pour la dignité humaine. Le pays de Nelson Mandela, d'Oliver Tambo et de Desmond Tutu a fondé sa légitimité morale sur la lutte contre le racisme institutionnel et l'exclusion. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui s'interrogent sur la façon dont cette même nation tolère l'hostilité envers d'autres Africains en quête de travail et de survie.

L'explication réside dans la combinaison d'un chômage des jeunes extrême, de services publics défaillants, d'inégalités persistantes et d'une perte de confiance dans les institutions. Au lieu de s'attaquer à ces problèmes structurels, une partie du discours politique transforme le migrant en un coupable immédiat et facile à désigner.

Cependant, de nombreux secteurs économiques sud-africains dépendent directement de cette main-d'œuvre étrangère, de l'agriculture à l'exploitation minière en passant par les petites entreprises urbaines. La violence ne résout pas la pauvreté ; elle ne fait que déplacer la frustration vers les plus vulnérables.


Intégration menacée


L’impact de la xénophobie dépasse largement le cadre de la sécurité immédiate des migrants. Il affecte directement la logique de l’intégration économique et politique en Afrique australe, où la circulation des personnes, des biens et de la main-d’œuvre constitue un fondement essentiel de la stabilité régionale.

La Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) repose sur cette interconnexion permanente entre pays voisins. Lorsque les citoyens craignent de franchir les frontières, de chercher du travail à l'étranger ou de gérer de petites entreprises régionales, toute la dynamique de coopération s'en trouve compromise. La mobilité cesse d'être une opportunité et devient un risque.

L'Afrique du Sud demeure l'une des plus grandes économies du continent et une importante destination pour l'emploi des citoyens du Mozambique, du Zimbabwe, du Lesotho, du Malawi, du Nigéria et de la République démocratique du Congo. Des milliers de familles dépendent directement de ces revenus pour assurer leur éducation, leur alimentation et leurs besoins essentiels.

Lorsque la violence s'installe, ce ne sont pas seulement les vies individuelles qui sont menacées. Des chaînes économiques entières, des réseaux familiaux et des projets de développement social s'effondrent. L'impact se propage au-delà des frontières nationales et fragilise la confiance, même entre les États africains.

L'Union africaine a toujours considéré la libre circulation des personnes comme un instrument essentiel du développement continental, mais cette vision perd de sa force lorsque les Africains sont perçus comme des envahisseurs par d'autres Africains. L'intégration cesse alors d'apparaître comme un projet commun et se transforme en une promesse lointaine.

Pretoria a promis de réprimer les actes xénophobes et d'intensifier le dialogue avec les pays touchés, mais sa crédibilité dépendra moins des discours officiels que de la protection concrète des vies humaines.

Si l'Afrique ne parvient pas à défendre ses propres citoyens à l'intérieur de ses frontières, le panafricanisme risque de rester une simple rhétorique diplomatique, sans véritable traduction dans la vie quotidienne.


Conclusion


La véritable solution n’est pas d’expulser les Africains d’Afrique, mais de s’attaquer aux causes profondes qui alimentent la peur, la pauvreté et la manipulation politique. L’Afrique du Sud demeure une puissance régionale et sa responsabilité dépasse ses frontières nationales.

Lorsqu'un Mozambicain, un Angolais ou un Ghanéen est agressé à Johannesburg, l'idée même d'intégration africaine en est ébranlée. Le souvenir de la lutte contre l'apartheid a rappelé au continent qu'aucune liberté ne peut se construire sur l'humiliation d'autrui.

Si cette leçon est oubliée, ce ne sera pas seulement la sécurité des migrants qui sera menacée, mais aussi la crédibilité morale même d'une nation qui fut jadis un symbole d'espoir pour toute l'Afrique.

 


La fin du monde est vraiment proche si la xénophobie existe déjà parmi les Africains. Que pensez-vous de cette absurdité ? Nous voulons connaître votre avis, n'hésitez pas à commenter et si vous avez aimé l'article, partagez et donnez un "like/like".

 

Image: © 2026 Kevin Sutherland
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