L'art des déchets : Gonçalo Mabunda, parlant de paix

Et si les déchets pouvaient parler ? Quelles histoires nous raconteraient-ils ? Peut-être des histoires d'abandon et de gaspillage, au-delà de cette consommation effrénée qui dévore les ressources sans se soucier du lendemain, ou peut-être nous rappelleraient-ils que chaque objet porte une mémoire, un usage, une vie antérieure. En Afrique, des artistes osent leur donner une autre voix : celle de la beauté, de la mémoire et de la résistance culturelle. Ce sont des créateurs qui ne voient pas de simples déchets, mais plutôt une matière première pour l'imagination, des symboles de résistance et de possibilités infinies. Dans les déchets que la société rejette, ils découvrent la matière première pour réinventer la vie et inspirer des communautés entières.

L'art des déchets : Gonçalo Mabunda, parlant de paix


Connaissez-vous les artistes africains qui transforment les déchets en œuvres d'art ? Non ? Alors préparez-vous à les rencontrer. Gonçalo Mabunda, le sculpteur mozambicain qui mêle tradition africaine, conscience politique et intervention esthétique, transformant les instruments de guerre en puissants messages de paix.

Sur un continent marqué par les conflits, les inégalités et les souvenirs de résistance, Mabunda redonne une dimension humaine au métal des armes, les transformant en trônes, masques et sculptures qui évoquent la royauté, la spiritualité et la rédemption. Son œuvre a été exposée dans des musées et des biennales du monde entier, devenant un symbole de reconstruction et d'espoir.

Voici le huitième article d'une nouvelle série de 17, cette fois-ci consacré à des créateurs visionnaires qui non seulement sauvent des matériaux oubliés, mais réinventent aussi notre façon de penser l'art, le développement durable et l'avenir de la planète, où chaque œuvre témoigne de la capacité de l'humanité à créer la beauté à partir de la destruction, un exercice de mémoire et un acte de foi en la paix.

Si vous êtes en quête d'inspiration et souhaitez explorer en profondeur comment les déchets de guerre se transforment en art et en prise de conscience, ne manquez pas ce voyage. Vous rencontrerez des artistes qui repoussent les limites du possible et hissent l'Afrique au rang de scène vibrante de l'art contemporain, où la matière première émerge de l'inattendu : les déchets.


Gonçalo Mabunda


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Image : © Avec l'aimable autorisation de Gonçalo Mabunda

Gonçalo Mabunda est né à Maputo en 1975, quelques mois après l'indépendance du Mozambique. Il a grandi dans un pays qui, sortant de la lutte coloniale, a sombré dans une longue guerre civile, marquée par la prolifération des armes légères, des mines et des explosifs. Ces objets mortels ont façonné le quotidien d'une génération, mais sont devenus, des années plus tard, sa principale matière première artistique.

Dès son plus jeune âge, Mabunda manifesta une curiosité pour la sculpture et le travail manuel. Il se forma à l'Association du Centre d'art de Maputo, un lieu qui, depuis l'indépendance, a été un véritable berceau pour certains des artistes mozambicains les plus remarquables.

C’est là qu’il commença à forger son style unique : celui de transformer le fer de la violence en langage symbolique, réinterprétant l’héritage visuel des masques et trônes traditionnels africains. Son art s’est développé en lien direct avec le projet de transformation des armes en houes (TAE), une initiative du Conseil chrétien du Mozambique lancée au milieu des années 1990.

Le programme encourageait la remise volontaire d'armes et de munitions en échange d'outils agricoles. Mabunda, alors jeune sculpteur, y voyait non seulement un geste politique, mais aussi un acte poétique : la possibilité de transfigurer la mort en art.

Une idée novatrice


Utilisant des pièces moulées, sciées ou désassemblées – crosses, baïonnettes, canons et munitions –, il commença à créer des masques et des trônes cérémoniels qui semblaient naître de la rencontre entre l'imagerie ancestrale africaine et le traumatisme contemporain de la guerre. Sa première exposition, en 1998, eut un impact immédiat : le public reconnut l'horreur récente dans ces formes, mais y vit aussi une résurgence empreinte de beauté et de recueillement.

Aujourd'hui, fort de plus de vingt ans d'expérience, Gonçalo Mabunda est reconnu internationalement comme l'un des artistes les plus importants du recyclage en Afrique. Il a exposé au Palais de Tokyo à Paris, à la Biennale de Venise, au Centre Pompidou et dans de nombreuses foires internationales, de New York à Johannesburg.

« Il faut désamorcer les armes dans l’esprit des gens – et l’art peut y contribuer. », il a déclaré.

Ses œuvres figurent dans des collections publiques et privées en Europe, aux États-Unis et en Afrique. L'artiste possède un atelier à Maputo, mais son œuvre rayonne à l'international. Chaque trône, chaque masque, est un fragment de l'histoire du Mozambique, reconstitué avec dignité et courage.


L'esthétique de la transformation


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Image : © 2025 Larkin Durey

L'œuvre de Gonçalo Mabunda repose sur le réemploi d'armes neutralisées provenant du Mozambique d'après-guerre. Canons de fusils, baïonnettes, grenades, pistolets et munitions sont soudés, découpés et assemblés en compositions évoquant des formes de pouvoir, des trônes, des masques, des figures et des totems. Le métal froid, jadis instrument de mort, renaît en symbole de royauté et d'introspection spirituelle.

Les trônes sont peut-être ses œuvres les plus emblématiques. Construits à l'aide de fusils AK-47, de baïonnettes et de munitions, ils se dressent comme des symboles ambigus : d'une part, ils représentent le pouvoir et l'autorité politiques ; d'autre part, ils rappellent la violence avec laquelle ce pouvoir a été conquis.

Dans le même temps, les trônes de Mabunda renouent avec la tradition africaine des sièges royaux, objets cérémoniels qui, dans de nombreuses cultures, font office d'intermédiaires entre l'humain et le divin. Les masques, autre élément central de sa production, obéissent à une logique similaire.

L'artiste réinterprète le visage humain à l'aide de fragments d'armes, créant des figures qui apparaissent tantôt comme des gardiens, tantôt comme des fantômes du passé. Dans la tradition mozambicaine et bantoue, les masques sont des portails spirituels et, entre les mains de Mabunda, ils deviennent aussi des instruments de mémoire collective.

Son esthétique est délibérément brute. Le fer conserve les marques, la rouille, la corrosion ; l’artiste dissimule rarement les imperfections de la matière. Au contraire, il les transforme en texture et en expression. Ses sculptures oscillent entre le primitif et le contemporain, le spirituel et le politique, le beau et le troublant.

Gonçalo Mabunda se décrit comme «un conteur à travers le fer« Chaque fragment d'arme porte en lui un passé douloureux, mais, une fois intégré à la sculpture, il acquiert une nouvelle vie et une nouvelle signification. L'artiste souligne que son œuvre ne parle pas de guerre, mais de renaissance, de la capacité humaine à transformer la destruction en création. »


Le symbolisme de Gonçalo Mabunda


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Image : © Avec l'aimable autorisation de Gonçalo Mabunda

L'œuvre de Gonçalo Mabunda est avant tout un manifeste de transformation. L'artiste part du principe que la matière porte en elle une mémoire, et que cette mémoire peut être rachetée. Ses sculptures ne cherchent pas à effacer un passé violent, mais à le transmuter. Chaque fusil neutralisé, chaque chargeur fondu, chaque canon de mitrailleuse soudé, devient un fragment de réconciliation.

Ses œuvres invitent le spectateur à une interprétation symbolique : les trônes sont des ironies du pouvoir, les masques sont des visages de l’histoire, et le fer lui-même devient témoin de la survie. Le silence du métal cède la place à un langage visuel de rédemption et de paix.

Le matériau qu'il utilise — des armes de la guerre civile mozambicaine — revêt un poids symbolique presque insoutenable. Objets de destruction et de traumatisme, elles ont causé des milliers de morts et de déplacements de population. Pourtant, Mabunda ne les considère pas comme des ruines, mais comme les germes d'une ère nouvelle.

« Ce n'est pas seulement le fer qui se transforme ; ce sont aussi les gens qui apprennent à voir les choses différemment. »

Le soudage, la découpe et la reconstruction sont un geste de guérison. Le fer de la guerre se transforme en fer de la mémoire. En choisissant de travailler avec des armes plutôt qu'avec d'autres types de métaux recyclés, Mabunda se place au cœur d'une réflexion plus large sur l'histoire récente du Mozambique et de l'Afrique.

Ces armes représentent à la fois l'héritage colonial (dont beaucoup ont été fabriquées hors du continent) et l'héritage de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1977 et 1992. La présence physique de ces armes dans la sculpture nous rappelle que la paix est fragile et que la reconstruction nécessite de la mémoire.

Les Masques et les Trônes


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Image : © Avec l'aimable autorisation de Gonçalo Mabunda

Leurs masques illustrent parfaitement ce symbolisme. Ils évoquent le visage collectif du Mozambique, non pas un visage uniforme, mais un visage multiple et fragmenté, composé de morceaux ayant appartenu à des machines de destruction. Chaque masque est une tentative de donner forme à l'identité mozambicaine d'après-guerre, une fusion entre spiritualité et histoire.

Parallèlement, elle nous rappelle que, dans les cultures africaines, les masques ne dissimulent pas : ils révèlent. Ils sont des instruments de médiation entre les vivants et les ancêtres. Quant aux trônes, sans doute les œuvres les plus emblématiques de l’artiste, ils sont des réinterprétations contemporaines des sièges cérémoniels des rois africains.

Dans le contexte de Mabunda, les trônes de fusils et de cartouches portent une dimension ironique et critique : ils symbolisent un pouvoir forgé à partir des vestiges de la guerre. L’artiste transforme l’emblème de la domination en un symbole de questionnement. Il s’agit d’une prise de position politique subtile : le pouvoir ne devrait pas reposer sur la violence, mais sur la capacité de reconstruire. Cette symbolique est enrichie par une interprétation spirituelle.

Le fer, élément associé à Ogun, dieu de la guerre et de la forge dans les traditions yoruba et bantoues, est un matériau sacré. Lorsqu'il manipule des armes, Gonçalo Mabunda semble suivre un rituel de purification : le métal retrouve son état originel de création, libéré de sa fonction destructrice.

Ainsi, son art s'apparente à une liturgie de la transformation, où la sculpture est à la fois exorcisme et bénédiction. Le symbolisme de son œuvre opère à trois niveaux : historique, spirituel et esthétique.

Historiquement, elle réconcilie le pays avec son passé. Spirituellement, elle métamorphose la mort en énergie vitale. Esthétiquement, elle remet en question les frontières entre art, militantisme et mémoire. Chaque œuvre est une allégorie de la survie africaine face à la violence et à l'oubli.


Voyage artistique


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Image : © 2022 CNN

Gonçalo Mabunda a commencé à travailler la sculpture très jeune, dans un Mozambique en pleine reconstruction après des années de conflit. La ville de Maputo, avec ses contrastes entre ruine et renaissance, lui a offert son premier atelier à ciel ouvert : la rue. C’est dans cet environnement qu’il a appris à observer les matériaux et à comprendre la puissance symbolique du fer.

Son parcours formateur s'est déroulé au sein de l'association Núcleo de Arte, le plus ancien centre de création artistique du Mozambique, fondé en 1936. Ce lieu, qui servit de refuge aux artistes pendant la guerre, se transforma en un véritable laboratoire d'idées et de liberté. C'est là que Mabunda côtoya des figures majeures de l'art mozambicain telles que Malangatana Ngwenya, Fiel dos Santos et Reinata Sadimba.

C’est précisément au Centre d’art que l’artiste a découvert le projet de transformation d’armes en houes, créé en 1995 par le Conseil chrétien du Mozambique avec le soutien de Christian Aid. Ce programme collectait les armes remises volontairement par d’anciens combattants et les fondait pour fabriquer des outils agricoles.

L'idée était simple, mais profondément symbolique : transformer des instruments de mort en instruments de vie. Mabunda, qui expérimentait déjà la sculpture sur métal à l'époque, décida d'aller plus loin. Au lieu de fondre les armes, il choisit de les reconstruire artistiquement, en préservant leur forme.

Ce fut le début de son identité artistique. Le résultat ravit les mentors du projet et attira l'attention internationale. L'artiste devint ainsi une figure centrale du mouvement qui liait l'art mozambicain à la réconciliation d'après-guerre.


Reconnaissance internationale


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Image : © 2016 Avec l'aimable autorisation de Gonçalo Mabunda

La reconnaissance ne tarda pas. À la fin des années 1990, Mabunda commença à exposer à Maputo et à Johannesburg, puis fut invité à des expositions en Europe et aux États-Unis. En 2010, il représenta le Mozambique à la Biennale de Venise, devenant ainsi le premier artiste de son pays à participer officiellement à cet événement.

Depuis, ses œuvres ont été exposées dans des institutions prestigieuses telles que le Centre Pompidou, le Palais de Tokyo, Dak'Art – Biennale d'art contemporain africain, et le Musée d'art contemporain de Lisbonne. Outre son activité de sculpteur, Mabunda est un militant pour la paix. Dans des entretiens, il a souligné que les artistes africains ne peuvent se dissocier de leur contexte historique. Son engagement éthique transparaît tant dans le choix des matériaux que dans les récits qu'il construit.

« La guerre a détruit des vies, mais elle nous a aussi donné un devoir : celui de reconstruire. » Il l'a déclaré lors d'une conversation avec le portail Dhow Mozambique.

En 2019, il a été nommé ambassadeur culturel de l'UNICEF au Mozambique, une fonction qui renforce la dimension sociale de son travail. Il participe à des projets éducatifs et collabore à des initiatives de désarmement et de réinsertion pour les jeunes en difficulté. Par son art, il continue de démontrer que la création peut être un outil de dialogue et de guérison collective.

Bien qu'ancrée dans le contexte local, sa formation s'inscrit désormais dans un réseau international de musées, de galeries et de foires qui le reconnaissent comme l'un des plus importants sculpteurs africains contemporains. Malgré cela, Mabunda tient à conserver son atelier à Maputo, au contact des communautés qui collectent et lui fournissent les matériaux qu'il utilise.C'est de là que me vient mon énergie.« Il dit généralement. »


Messages environnementaux


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Image : © 2025 Larkin Durey

L'œuvre de Gonçalo Mabunda est avant tout un manifeste visuel pour la paix. Chacune de ses sculptures naît d'un geste éthique : transformer des objets de mort en symboles de vie. Ce geste, à la fois esthétique et politique, confère à sa production une force rare : celle de s'adresser directement à la conscience collective. Mabunda ne crée pas seulement pour embellir le monde, mais pour le questionner.

En utilisant des armes à feu neutralisées, l'artiste nous oblige à affronter la violence de front. Les sculptures ne dissimulent pas leur origine : le regard qui les observe reconnaît immédiatement le canon d'un fusil, le chargeur, le canon d'une mitrailleuse. Pourtant, ce qui représentait jadis une menace devient beauté, symbole de résistance et d'espoir.

Son art n'est donc pas neutre. Il s'agit d'une forme d'activisme où le métal parle de lui-même. Son œuvre possède une dimension profondément sociale. Le Mozambique est un pays jeune, mais marqué par un long et douloureux souvenir de guerre. Mabunda ramène ce souvenir dans l'espace public, le transformant en objet de réflexion.

Ses sculptures font office de monuments à la réconciliation, nous rappelant que la paix ne repose pas uniquement sur des accords politiques, mais aussi sur l'imagination et l'empathie. L'artiste est conscient que les vestiges de guerre qu'il utilise sont également une métaphore de ce que les sociétés cherchent à oublier : la destruction, le traumatisme et l'impuissance.

En transformant ces « déchets » en art, il affirme que rien ne se perd tant qu'il y a créativité. Ses œuvres deviennent des messages universels sur le pouvoir de la transformation.

Le message


Mais son art ne se limite pas à la politique : il véhicule aussi un message environnemental. En réutilisant des matériaux de récupération – ici, du métal provenant d’armes –, Mabunda s’inscrit dans une logique de développement durable et de recyclage. Bien que son œuvre soit principalement axée sur la mémoire de la guerre, elle participe également à un débat plus large sur le devenir des déchets, la consommation et la réutilisation des ressources.

Dans un monde où les déchets augmentent à un rythme insoutenable, un artiste mozambicain propose un exemple radical : même l’arme, objet de destruction par excellence, peut être réutilisée. Mieux encore, elle peut devenir une œuvre d’art.

C’est là que son travail rejoint celui d’autres artistes africains du mouvement « trash art », tels qu’El Anatsui, Moffat Takadiwa ou Simonet Biokou. Ils partagent tous une vision commune : la matière rejetée possède un pouvoir de renaissance et l’art est le moyen de le révéler.

Dans l'œuvre de Gonçalo Mabunda, cette transformation prend une dimension rédemptrice. Le soudage et l'assemblage des pièces sont des gestes de reconstruction symbolique, des gestes qui proposent un nouvel ordre. Ses sculptures enseignent que l'art peut être un pont entre la douleur et l'espoir, entre la destruction et la vie.

Face à un trône fait d'armes, le spectateur éprouve simultanément fascination et malaise. Cette ambiguïté est intentionnelle. Mabunda cherche à provoquer. Il veut que nous regardions ces armes non avec crainte, mais avec lucidité. Il veut que nous percevions, dans ces formes soudées, la possibilité d'un avenir sans guerre.


L'art qui guérit et transforme.


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Image : © 2016 R. da Silva

L'œuvre de Gonçalo Mabunda se situe à la frontière entre mémoire et reconstruction. Son art est fait de fer, mais aussi de temps – un temps retrouvé, un temps transformé. Face à ses sculptures, le public perçoit l'histoire récente du Mozambique, mais aussi l'histoire universelle de l'humanité : la guerre, la souffrance, la quête de rédemption.

Dans un contexte mondial où violence et consumérisme s'entremêlent, Mabunda nous offre une leçon essentielle : l'art peut encore guérir. Ses trônes, masques et totems ne sont pas de simples objets décoratifs ; ils sont des vecteurs de mémoire. En quelque sorte, ce sont des oracles qui évoquent le passé et tracent le chemin de l'avenir. La force de son œuvre réside dans la tension entre la forme et le fond.

La beauté de ses sculptures est indissociable de la brutalité de sa matière première. Le fer est lourd, agressif, mais l'artiste parvient à le métamorphoser en une composition harmonieuse. Le regard qui jadis inspirait la peur invite désormais à la contemplation. L'objet qui divisait unit désormais.

Au fil des ans, la critique internationale a souligné cette capacité rare à transformer l'horreur en esthétique. Au Palais de Tokyo à Paris, les critiques français ont qualifié son exposition d'« archéologie de la violence métamorphosée en autel de la paix ». Au Centre Pompidou, le public a été profondément ému par ses masques, visages de fer qui semblaient porter l'âme d'un peuple.

Mais le plus grand mérite de Mabunda est peut-être d'avoir redéfini le concept d'artiste africain contemporain. Loin de se limiter à une esthétique exotique ou traditionaliste, le sculpteur mozambicain crée un art qui dialogue avec le monde sans renier ses racines.

Son langage est universel, mais son point de départ est profondément local. Il montre qu'il est possible de penser le monde contemporain du point de vue de Maputo, et que de grandes idées – la paix, la mémoire, la rédemption – peuvent naître des cendres des guerres oubliées.

Dans le paysage de l'art africain contemporain, Gonçalo Mabunda occupe une place unique. Sa voix est à la fois politique, spirituelle et esthétique. À travers le fer, il nous parle d'humanité. À travers les armes, il nous enseigne la paix. À travers les matériaux de récupération, il révèle le pouvoir de l'art comme instrument de transformation.


Conclusion


Après plus de vingt ans de carrière, Gonçalo Mabunda s'est imposé comme l'une des figures majeures de la sculpture africaine contemporaine. Ses œuvres figurent dans des musées et des collections à Paris, Bruxelles, New York et Lisbonne, mais l'essence même de son travail demeure à Maputo, dans les ateliers du Núcleo de Arte, sur les marchés de la ferraille et dans la mémoire de son peuple.

L'art de Mabunda est empreint de résistance et d'espoir. Il nous rappelle que la guerre ne s'achève pas avec le silence des armes, mais avec la reconstruction des âmes. Le fer recyclé qu'elle utilise est une métaphore pour un pays tout entier : blessé, mais vivant ; détruit, mais capable de se réinventer. Dans le monde d'aujourd'hui, où les nouvelles de conflits et de violence semblent incessantes, l'œuvre de Mabunda offre un antidote.

Elle démontre que même du chaos peut naître l'harmonie ; que même de la destruction peut jaillir la beauté ; que même des armes peut engendrer la paix. Plus qu'un sculpteur, Gonçalo Mabunda est un médiateur entre le passé et l'avenir, entre l'homme et sa conscience. Ses sculptures témoignent du fait que l'art demeure l'une des formes les plus puissantes de guérison collective.

Ainsi, de la froideur du fer et de l'ombre des guerres, émerge un art qui non seulement orne le monde, mais le transforme.

 


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Image: © 2025 Francisco Lopes-Santos
Francisco Lopes Santos

Athlète olympique, il est titulaire d'un doctorat en anthropologie de l'art et de deux maîtrises, l'une en entraînement de haut niveau et l'autre en beaux-arts, ainsi que de plusieurs cours de spécialisation dans divers domaines. Auteur prolifique, il a publié plusieurs recueils de poésie et de fiction, ainsi que plusieurs essais et articles scientifiques.

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